1. Selon Lamarck
  2. Selon Wallace
  3. Selon Darwin
Girafe, gesner
Gesner Conrad. 1551. Histoire des animaux (Historia animalum). Domaine public. Crédit: nih.gov.
La Girafe constitue un exemple emblématique pour exposer les mécanismes de la transformation des espèces.

Lamarck 

Pour Lamarck, le besoin de broutter le feuillage détermine l'allongement du cou, et cette caractéristique acquise se transmet d'une génération à l'autre.
Relativement aux habitudes, il est curieux d’en observer le produit dans la forme particulière et la taille de la Girafe (Camelo pardalis) : on sait que cet animal, le plus grand des Mammifères, habite l’intérieur de l’Afrique, et qu’il vit dans des lieux où la terre, presque toujours aride et sans herbage, l’oblige de brouter le feuillage des arbres, et de s’efforcer continuellement d’y atteindre. Il est résulté de cette habitude, soutenue, depuis longtemps, dans tous les individus, que ses jambes de devant sont devenues plus longues que celles de derrière, et que son col s’est tellement allongé, que la Girafe, sans se dresser sur les jambes de derrière, élève sa tête et atteint à six mètres de hauteur.

Lamarck, 1809 : ch 7.


Pour Wallace et Darwin, il existe des différences héréditaires dans la longueur du cou des girafes et celles qui ont le cou le plus long ont plus de chances de survie. Cette caractéristique héréditaire est sélectionnée par la nature d'une génération à l'autre 1. Ainsi, les différences héréditaires préexistent à l'intervention de l'environnement.

Wallace 

La Girafe n'a pas acquis son long cou en désirant atteindre les feuilles des arbustes les plus élevés, mais parce que les variétés qui existaient parmi ses ancêtres avec un cou plus long que l'ordinaire étaient assurées d'un apport de pâture fraîche, tout en restant sur le même terrain que leur compagnons au cou plus court, et pouvaient leur survivre à la première disette.
Wallace, 1858.

Darwin, L'Origine des espèces 

La haute stature, l’allongement du cou, des membres antérieurs, de la tête et de la langue sont chez la Girafe, des conditions qui adaptent admirablement sa charpente entière à l’habitude de brouter sur les branches élevées des arbres. Elle peut ainsi trouver une nourriture hors de portée pour les autres Ongulés habitant le même pays ce qui doit, pendant les disettes, lui être très avantageux (...). De même pour la Girafe naissante dans la nature, les individus les plus élevés et capables ainsi de brouter un pouce ou deux plus haut que les autres, ont souvent pu être conservés en temps de famine, car ils ont dû parcourir tout le pays à la recherche de nourriture. On constatera dans beaucoup de livres d’histoire naturelle, donnant les relevés de mesures exactes, que les individus de même espèce diffèrent souvent légèrement par les longueurs relatives de leurs diverses parties. Ces différences proportionnellement fort légères, dues aux lois de la croissance et de la variation, n'ont ni importance, ni la moindre utilité chez la plupart des espèces. Mais en considérant les habitudes probables de la girafe naissante, les choses ont dû se passer autrement, en ce que les individus ayant une ou plusieurs parties plus allongées qu'à l'ordinaire, ont dû en général seuls survivre. Leur croisement a produit des descendants soit héritant des mêmes particularités corporelles, soit d’une tendance à varier de la même manière tandis que les individus moins favorisés sous les mêmes rapports auront été plus exposés à périr.
Darwin, 1872 : ch.7 de la sixième édition.

 Références


 Darwin ne rejette pas les effets possible de l'usage ou du non usage d'un organe, mais ce n'est pour lui qu'une cause parmi d'autres de la variabilité naturelle, encore mal connue.

↑  Darwin C.. 1872. On the origin of species by means of natural selection or the preservation of favoured races in the struggle for life, sixth edition. (trad. Barbier E.. 1896. L'origine des espèces au moyen de la sélection naturelle. Schleicher frères, .) cedric.cnam.fr/ABU/

↑  Lamarck, Jean-Baptiste de Monet de. 1809. Philosophie zoologique, ou exposition des considérations relatives à l'histoire naturelle des animaux... gallica.bnf.fr/

 Wallace R.. 1858. Journal of the Proceedings of the Linnean Society, August. London.

 Post-scriptum

Si tout ce qui précède représente une idée commune mise en avant lorsqu'on compare Lamark et Darwin; si l'exemple illustre à merveille le mécanisme évolutif défendu par Darwin, il ne faudrait pas occulter quelque chose de bien plus fondamental qui oppose Lamark et Darwin et qu'on oublie souvent parce que plus complexe, plus abstrait et plus philosophique (sans compter que la pensée lamarkienne a elle même évolué et s'exprime souvent de manière confuse). Pour Lamark, le monde vivant est constitué d'un grand nombre de lignées ayant évolué plus ou moins indépendemment les unes des autres, mais toujours vers une complexité de plus en plus grande. Au delà du mécanisme de l'usage ou du non usage, l'évolution reste soumise à un déterminisme d'ordre supérieur. Pour Darwin, il n'y a aucun déterminisme et l'avenir est imprévisible.